éditions joca seria littérature






aux éditions Joca Seria




Olivier de Pierrebourg
Portrait de Soulesme
« Cher ami,
Vous trouverez, ci-joint, une version nouvelle du roman Soulesme qui annule et remplace celle que je vous ai adressée au mois d’octobre.
Ce remords est à l’image des difficultés que j’éprouve depuis le début avec ce texte écrit pour l’essentiel en 2002. La lectrice que je fais intervenir dans les dernières pages avait raison de me pousser à universaliser mon propos. Depuis quatre ans, je me suis efforcé, en y revenant par périodes, de laver ce texte de sa gangue anecdotique. Ça a été un rude travail que ce travail d’écriture (admettant qu’il soit terminé, mais je le crois).
Je vous livre ce texte auquel je tiens beaucoup, qui est une protestation que d’aucuns pourraient trouver juvénile, même infantile – et, tout compte fait, je crois que le deuxième terme est celui qui convient le mieux –, contre le renoncement à l’idéal. J’ai trouvé dans La terre sous ses pieds de Salman Rushdie (du bon usage de la maladie pour lire de gros livres) cette phrase : “Sentez-vous dans ma voix que je suis en colère ? Bon, je lisais un livre sur la colère. On y dit que la colère est la preuve de notre idéalisme. Quelque chose a mal tourné, mais nous, nous savons, dans notre rage, qu’il devait en être autrement. Ça ne devait pas être comme ça”. Pas moyen de dire mieux ce que fut mon intention. »
Lettre à l’éditeur
168 p., 17 €.
octobre 2007
ISBN 978-2-84809-087-0

Presse

Place publique #7
janvier 2008
Longtemps Jean-Baptiste Soulesme avait été l’ami d’Olivier de Pierrebourg. Ils avaient fréquenté la même boîte à bac, travaillé comme journalistes politiques dans le même quotidien, parlé littérature des nuits entières, s’étaient donné leurs manuscrits à lire. Et puis, le succès touchant l’un, mais pas l’autre, les deux hommes s’étaient éloignés. Jusqu’au jour où Pierrebourg lit dans un livre de Soulesme évoquant sa jeunesse un court portrait de lui, « entièrement contraint, gauchi, blessé par la vanité d’un moi occupé du seul récit de sa dilatation. » Colère de Pierrebourg, colère, cette passion triste comme disait Spinoza.
De cette colère va naître ce livre étrange, sinueux, qu’on pourrait prendre pour un roman à clé. Soulesme - drôle de nom qui évoque à la fois un peintre et une abbaye - existe dans la vraie vie. S’il n’est pas membre du gouvernement comme dans le livre, il est Académicien français et directeur du supplément littéraire du quotidien où il travailla avec Pierrebourg ; son père fut bien artiste peintre. Pas besoin de fréquenter les cercles du pouvoir pour reconnaître Jospin sous Norvège, Chirac sous Dignité. Et Olivier de Pierrebourg porte bien le même prénom que son père, descendant d’un général d’Empire, Résistant, Compagnon de la Libération, député de la Creuse, radical puis gaulliste, de 1951 à 1973.
Autofiction donc. Mais autofiction pudique dont l’intérêt ne relève pas du jeu de piste pour deviner qui est qui. Il y a dans la rage de Pierrebourg quelque chose d’enfantin. C’est un petit garçon déçu que les choses aient « mal tourné » qui s’emporte contre son ancien ami, contre la foire littéraire, contre les vanités de ce temps. Un petit garçon qui s’en veut puisqu’il a su discerner en lui-même ce qui le « gênera de plus en plus chez Soulesme : l’individualisme, l’égotisme, l’indifférence au monde. »
Voilà qui fait de ce livre rageur une sorte de roman d’apprentissage tardif : « ce que c’est pour un homme de se détacher. » Et comme cette question se pose à tout homme, même à qui ne porte pas le prénom de son père, l’anecdote de départ prend une portée qui dépasse largement l’histoire privée.
Un mot, enfin, sur la dernière scène, la rencontre, traitée à la manière d’une scène de théâtre, de Soulesme et de Pierrebourg au Salon du livre. De l’ouvrage précédent de Pierrebourg (publié à Nantes), Soulesme déclare : « Je l’ai commencé, c’est bien. Ç’aurait pu être publié par un éditeur parisien. » Eh oui, il arrive désormais que s’écrivent à Paris des livres qui s’éditent à Nantes.
T.G.


Réforme
N° 3249 p. 17
29 novembre – 5 décembre 2007
Un mentir vrai total
Avec Portait de Soulesme, nous ne quittons pas le monde littéraire, même sous la fiction dont l’enveloppe Olivier de Pierrebourg. Ce livre pris, interrompu, repris, est un des plus poignants qu’il m’ait été donné de lire sur l’amitié trahie, et un des plus révélateurs sur ce que cette relation peut être assimilée à une passion. Ayant pour cœur un indigne passage d’un livre de Soulesme, romancier aujourd’hui connu, épinglant le narrateur, son ami d’adolescence, d’un jugement sans appel sur sa stérilité d’écrivain (la scène de rupture a lieu à Saint-Germain-des-Prés), le roman s’élève, se déploie, se rétracte dans une sorte de récit autobiographique, même si l’auteur se débat pour le nier, pathétique. Certes, le roman évoque l’amitié de Soulesme et du narrateur, mais il plonge dans les racines familiales, paternelles surtout, de ce dernier, à partir des failles politiques de Soulesme, son goût pour les écrivains collaborateurs, son antisémitisme déguisé, son père peintre, et il en tire une sorte de mise en abyme implacable, entre les engagements de son père et le petit ministre que Soulesme fut aussi provisoirement, entre lui et cet ami déchu.
Parce qu’il n’est pas vindicatif, mais impitoyable, ce roman, tourné et retourné dans sa chronologie, ses parenthèses et ses retours en arrière ou en avant, est passionnant dans sa rage courtoise, sa colère hautaine, sa justification sans concession pour dire comment agonise et meurt une amitié, et en quelle écriture, souple et ferme, racée, celle d’un écrivain, n’en déplaise à Soulesme, et en quelle architecture, jamais monotone. Un mentir vrai total, comme Aragon définissait la littérature. Soulesme existe quelque part du côté du quai de Conti.
Joël Schmidt




Olivier de Pierrebourg

Sur le motif
Extrait : « Kérel est l’une des cinq îles de la côte française (davantage si l’on y ajoute Aix plus quelques îlots) qui s’étagent entre les estuaires de la Loire et de la Gironde. Elle n’est ni la plus grande, ni la plus petite, ni la plus proche, ni la plus éloignée, mais elle est précieuse aux yeux de ceux qui en ont foulé le sable et l’asphalte, respiré les odeurs, absorbé les lumières quand ils étaient enfants. Au début des années quatre-vingt, la décision longtemps objet de disputes fut prise de la relier au continent par un pont. Oléron avait eu son pont, puis Noirmoutier. Il semblait que les raisons économiques qui pouvaient prévaloir pour les autres îles manquaient dans le cas de Kérel, mais c’était peine perdue d’espérer et de se battre, il y avait une idée simple à l’œuvre, en réalité une très vieille idée parée des prestiges ambigus du progrès, qui n’était pas en faveur des îles. »
Sur le motif dessine par touches successives un homme et un horizon. Indissociables. Pour le narrateur revoir l’île c’est exhumer l’enfant maladif, malheureux, haineux de son corps, affronter les blessures enfouies qui ont modelé un être d’une extrême fragilité, et découvrir, enfin, la beauté du décor sous les images obsédantes de son enfance. Dans une langue précise, l’auteur ne force ni le trait de la beauté ni l’affectivité. Son sens de la description autant littéraire que picturale s’illustre aussi dans la galerie de portraits qu’il nous offre.
Roman / 192 p. / 130 x 200 mm / 16

Mars 2004
ISBN 2-84809-065-0