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du même auteur aux éditions joca seria

> Quelque chose de l'ordre de l'espèce
Prototype 876437 1-A
Guillaume Lebrun

collection extraction

112 pages
13 x 18,5
14 €
9782848091518
Guillaume Lebrun doit son existence à une technique : c’est un bébé éprouvette. Il se considère donc comme un prototype numéroté, un être humain à l’essai, qui doit intégrer les données qui lui sont soumises. Mais dès l’enfance, seules la violence et la folie familiale constituent son quotidien : son père est son bourreau. Alors qu’il tente de se reconstituer une identité, il est assailli par la voix des victimes, nombreuses, du même tortionnaire. Tous exigent que l’écrivain relaie leur histoire, quitte en perdre sa propre langue.
Récit fulgurant sur l’impossibilité de dire l’horreur, ce texte interroge la notion d’autofiction de manière inédite.
Guillaume Lebrun a 25 ans. Il a publié l’an dernier son premier livre,
Quelque chose de l’ordre de l’espèce, dans la collection Extraction.
Lire les premières pages
Guillaume Lebrun : « Une expérience de laboratoire »


 

Guillaume Lebrun est un jeune écrivain qui vient de sortir un livre au nom difficile à retenir : Prototype 873437. Un ouvrage-laboratoire à découvrir.

 
12.03.17 Guillaume Lebrun

Guillaume Lebrun a un chat qui s’appelle Artaud. Il a peut-être aussi une araignée au plafond qui lui sert de lampe. A la lecture, certes sombre, du portrait de la famille qu’il nous présente, tout s’éclaire ! Guillaume Lebrun écrit-il ses livres sous l’influence démoniaque de son chat ? Nul ne le sait. En tout cas, ce jeune auteur débarque pour la seconde fois et ça surprend encore. Le narrateur, Guillaume Lebrun, raconte la pente qui l’a mené ou plutôt fait tomber dans le texte. Etre autofictif comme son narrateur se définit lui-même, il expérimente diverses formes d’écritures. Toutes concourent au même centre, le sien. Il montre et donne à voir la force des voix qui le supplantent, il dévoile avec brio les strates de l’homme écrivain. C’est juste, c’est émouvant, c’est drôle, c’est fort !

 

D’abord, je suis obligée de vous demander pourquoi ce titre. Narrateur né dans une éprouvette, soit, mais tenez-vous vraiment à ce que votre lecteur ne reconnaisse jamais tout à fait le titre de votre roman, voire se trompe à chaque fois qu’il le prononce ? C’est une excellente question, que je ne m’étais absolument pas posée jusque-là. C’est sans doute un tort, mais je prends très peu en considération les éventuelles réactions du lecteur lorsque j’écris. Le titre s’est imposé à moi : je suis ce prototype-là, avec ce numéro-là, j’ai vécu tellement d’années avec ces chiffres que je n’ai pas pensé à la complexité qu’ils pouvaient revêtir pour n’importe qui d’autre.
 
Qu’est-ce qui vous intéresse dans le jeu des méthodes ? Vous variez les plaisirs : théories, énoncés d’humanité suivis d’exercice… Quelque chose vous dérange dans le roman classique ?  Rien ne me dérange dans le roman classique puisque dans le roman classique, entendez la production mainstream, rien n’est dérangeant.
 
« Décrocher la queue du Mickey »
 
Il suffit d’en reproduire correctement les codes, d’avoir une bonne petite histoire avec si possible une bonne petite idée, pousser - un-peu-mais-pas trop - Madame Michu dans ses retranchements, et vous êtes à peu près sûr de réussir à décrocher la queue du Mickey. Il y a une autre raison aux théories et aux énoncés que j’emploie : je suis issu d’une technique, froide et médicale : la fécondation in-vitro. Cet aspect « androïdaire » est essentiel à ma construction psychologique. Je suis obligé d’en passer par là, de me débarrasser de ça, avant d’acquérir la liberté autofictive. C’est une espèce de parcours initiatique.
 
Je vous dis ça parce que ce type de format rebute souvent… Je comprends bien. Mais je fais partie d’une collection qui souhaite démontrer que sous la masse des productions calibrées, « il existe des laboratoires ». Et ce texte, c’est exactement ça, une expérience de laboratoire, une tentative. J’essaie des trucs, quelques fois ça rate, quelques fois ça réussit. Le plus souvent je ne sais pas donc je garde.
 
« Autofiction mythomane »
 
Par moments, le texte est hilarant. Vous êtes très fort… C’est un cynisme majestueux, jamais gratuit, ni brutal… Riez-vous pendant que vous écrivez ? Pendant que j’écris non, mais quand je n’écris pas, oui, beaucoup. Et je suis très heureux que ça se sente un peu dans le livre. Parce que je ne voudrais pas donner l’impression d’avoir écrit la soupe aux cailloux.
 
Le père raciste viole les cousins de Guillaume Lebrun, le narrateur. Est-ce bien ainsi que l’enfant devient écrivain ? On écrit pour se différencier du prototype ? Non, le narrateur devient écrivain parce qu’il considère que le réel a été d’une telle violence avec lui qu’il est devenu nécessaire de lui faire rendre gorge. C’est pour cela que j’utilise le terme d’« autofiction mythomane ». Le but est de dissoudre le réel, et de reconstruire sa fiction personnelle à partir de cet anéantissement.
 
Le narrateur a des voix. C’est un écrivain. Parfois, de sublimes passages explosent, de ces voix outre-lui. A votre contact, on invente même des mots… C’est un terme très juste. J’ai vraiment le sentiment que l’on écrit nécessairement « outre-soi », que l’on est assailli par quelque chose d’extérieur à soi lorsqu’on écrit. Il me semble que la littérature est le compte-rendu de cette invasion.
 
Que feriez-vous si vous n’étiez pas en train de me répondre ? Je serais en train de travailler sur mon prochain texte !
 

Claire Castillon
Prototype 876437. Guillaume Lebrun, collection Extraction, éditions Joca Seria, 96 pages, 14 €.