Anne Waldman
Anne Waldman (1945) est poète, performer et activiste. Elle a co-fondé en 1974 The Jack Kerouac School of Disembodied Poetics avec Allen Ginsberg à Naropa University, où elle est aujourd'hui directrice artistique des célèbres «Summer Writing Programs». Anne Waldman est l'auteure de plus de quarante livres, entre autres Kill or Cure; Marriage: A Sentence; Structure of the World Compared to a Bubble. Son texte poétique Outrider contient un entretien avec Ernesto Cardenal ainsi que des essais sur Lorine Niedecker et Charles Olson. Manatee/Humanity (Penguin, 2009), The Iovis Trilogy (Coffee House Press, 2011), Gossamurmur (Penguin, 2013), Jaguar Harmonics (The Post-Apollo Press, 2014) et Voice’s Daughter of a Heart Yet To Be Born (Coffee House Press, 2016) sont parmi ses livres les plus récents. Anne Waldman est aussi l'auteure du légendaire Fast Speaking Woman (City Lights, San Francisco, 1975), traduit en français sous le titre Femme qui parle vite (Maelstrom, 2008).

Chez joca seria

Stacks Image 40669
15 x 20 cm
160 pages
978-2-84809-233-1


21 €
Archives, pour un monde menacé
Anne Waldman
textes rassemblés et traduits par
Vincent Broqua

Archives, pour un monde menacé est le premier livre de la grande poète, écrivain et artiste Anne Waldman publié en France. Venant compléter les quelques titres édités par le collectif Maelstrom en Belgique, le livre, préparé et traduit par Vincent Broqua, traducteur et spécialiste de poésie américaine, est un choix de textes couvrant les treize dernières années de l’œuvre d’Anne Waldman. Archives, pour un monde menacé donne donc à lire l’évolution d’une pensée et d’une pratique poétique, mais aussi philosophique et politique, au début du 21ème siècle. Ce choix éditorial de textes récents est d’autant plus significatif qu’il s’appuie aussi sur les leçons tirées du passé, qu’il tienne de la mémoire collective ou bien, plus précisément, de la mémoire littéraire. En effet, ces cinquante dernières années, Anne Waldman, en fréquentant et rassemblant un très grand nombre d’écrivains autour de divers projets, comme The Jack Kerouac School of Disembodied Poetics qu’elle a fondée avec Allen Ginsberg ou plusieurs aventures éditoriales, est devenue l’infatigable animatrice de la poésie américaine, une mémoire à elle seule de la seconde moitié du 20ème siècle américain en art et littérature. Archives, pour un monde menacé, apporte un double démenti à la critique parfois adressée à l’encontre de l’école de New York  : que ce groupe d’écrivains était apolitique et que les femmes y étaient absentes. La voix puissante, féminine et féministe d’Anne Waldman donne vie à ces Archives. C’est une voix «  pour  », une voix affirmative qui, au lieu de renoncer, propose.


«  L’écriture d’Anne Waldman est singulière dans la poésie américaine contemporaine. Elle effectue en effet un lien entre la poésie la plus expérimentale, celle qui prend le langage comme lieu d’expérience formelle, et la poésie post-romantique des Beat Poets, où la voix lyrique a une part importante. En effet, parce qu’elle écrit pour la performance en reprenant ou en créant des formes multiples (épopée, élégie, collage, poème-partition, document poétique…), son travail et sa voix ont, comme chez les Beat Poets, un poids politique évident, qui, comme chez les L=A=N=G=U=A=G=E, n’est pas dénué d’un humour poétique parfois volontiers loufoque. Ainsi, dans Tullamurmur, elle se dédouble et crée deux «  Anne  », dont l’une est un miroir déformé de l’autre, les deux «  Anne  » se pillant l’une l’autre.
Archives, pour un monde menacé, dont le titre a été donné en accord avec Anne Waldman, est une lecture de ses quatre derniers livres publiés dans la collection Penguin Poets. En effet, Marriage  : A Sentence (2000), puis Structure of the World Compared to a Bubble (2004), puis Manatee/Humanity (2009), et enfin Gossamurmur (2013) constituent un ensemble poétique, politique et éthique.
Possédant tous une forme différente, issue directement du sujet qu’ils traitent, ils plongent le lecteur dans un questionnement voire un acte méditatif qui est une expérimentation langagière de la relation entre les mots et le monde. Marriage  : a Sentence joue sur le double, la répétition, la paire, pour donner à entendre les formes et les contradictions du mariage et de la place des femmes au sein de pratiques rituelles contestées. Chaque page est double  : l’une, en prose, archive et met en crise des rituels et des formes de cérémonies ou des équivoques (comme avec la reprise de Figaro), l’autre partie en vers opère un contrepoint, souvent sous la forme de la liste. Dans Structure of the World Compared to a Bubble, le texte d’introduction présente la série de poèmes du livre comme un ensemble qui vise d’une part à mettre en texte la conservation d’un lieu qui était menacé (l’immense Stupa de Borobudur), en lien aux pratiques du bouddhisme, telles que la Mudra, traduite dans ce volume. Il faut y voir une manière de répertorier, cartographier, des gestes (images du Bouddha), des architectures (images de Borobudur), des pratiques de méditation. Enfin, les deux livres les plus récents, qui ouvrent et ferment le volume que nous publions, s’interrogent sur le rapport entre animalité et humanité, comme l’indique très clairement le titre de Manatee/Humanity (Lamantin/L’humanité).
Dans ces quatre livres, l’archive devient donc une forme poétique (utilisation de documents poétiques, utilisation d’images, collage au fil du texte de citations de poètes ayant lu à Naropa dans Gossamurmur) pour donner à lire la fragilité du langage et la fragilité de la lettre dans un monde en déséquilibre, qui, avec Gossamurmur, prend la forme d’une fable où le capitalisme menace la poésie même. D’où aussi les efforts faits à Naropa depuis des décennies pour créer un lieu entièrement dévolu à la poésie et aux différentes formes de poésies.
Ainsi, sans jamais tomber dans un formalisme apolitique ou dans un engagement sans forme, ou encore dans une poésie New Age, qu’elle moque de temps à autre, Anne Waldman met en œuvre une éthique poétique, une poéthique de l’archive, dont nous souhaitions donner à lire des moments singuliers à travers ces larges extraits.»

Vincent Broqua